Histoire de Rover : ascension et fin d'un nom anglais

Un siècle et demi d'histoire britannique, du vélo Safety à l'extinction de la marque automobile en 2005.

Fondée à Coventry en 1878 par John Kemp Starley, la marque britannique a traversé un siècle et demi d'histoire industrielle avant de disparaître brutalement en 2005, dans le sillage de la faillite MG. De la bicyclette Safety de 1885 — qui a posé les bases du vélo moderne — aux berlines P5 et SD1, en passant par la luxueuse Rover 75, la marque a longtemps incarné la berline cossue à l'anglaise, avant de s'effacer du paysage automobile européen.

Coventry, 1878 : la naissance d'un fabricant de cycles

L'histoire débute en 1878, quand John Kemp Starley et William Sutton ouvrent à Coventry un atelier de fabrication de tricycles et de bicyclettes. Le neveu de James Starley, déjà figure du cycle anglais, donne au projet le nom de Rover — « vagabond » en anglais — qui suggère la liberté de déplacement permise par la nouvelle mécanique. La firme se distingue en 1885 avec la Rover Safety Bicycle, modèle à transmission par chaîne et roues de taille égale qui rompt avec les grand-bi de l'époque. Cette architecture sera adoptée mondialement et reste, à peu de choses près, celle du vélo contemporain.

Premiers pas dans l'automobile

L'entreprise élargit son catalogue aux motocyclettes en 1902, puis aux automobiles en 1904 avec la Rover 8 HP, voiturette à un cylindre conçue par Edmund Lewis. Les deux décennies suivantes voient l'apparition de petites berlines familiales et sportives, dont la Rover 14/45 de 1924. Pendant l'entre-deux-guerres, la firme se positionne sur un segment intermédiaire, plus haut que les modèles populaires Austin et Morris mais en dessous des Bentley et Rolls-Royce. Cette identité de berline cossue mais accessible perdurera jusqu'à la fin du siècle.

P4, P5 et P6 : l'apogée des berlines britanniques

L'après-guerre marque l'âge d'or du constructeur. La Rover P4, lancée en 1949 et surnommée Auntie par les Britanniques, installe la marque sur le segment des berlines confortables à six cylindres. Elle est suivie en 1958 par la grande P5, choisie comme voiture officielle par les Premiers ministres successifs et par la reine Elizabeth II. La P6 2000, dévoilée en 1963, décroche le titre de Voiture européenne de l'année 1964 grâce à sa structure à panneaux extérieurs amovibles, son freinage à disques et sa suspension de Dion. La gamme P définit pendant deux décennies la berline anglaise moderne, entre rigueur d'ingénierie et confort feutré.

SD1 et l'ère British Leyland

En 1968, l'État britannique pousse à la fusion de plusieurs constructeurs nationaux pour former le conglomérat British Leyland, dans lequel le constructeur de Coventry se retrouve aux côtés de Triumph, MG, Mini, Jaguar et Austin. Ce grand groupe, miné par les conflits sociaux et la dispersion industrielle, peine à investir. La Rover SD1, présentée en 1976, succède aux P6 et grands coupés P5B avec une silhouette de fastback dessinée par David Bache, inspirée de la Ferrari Daytona. Élue Voiture européenne de l'année 1977, elle souffre cependant de problèmes de qualité de fabrication qui entachent durablement la réputation industrielle de la marque. Au sein du groupe, la division historique de Solihull se voit attribuer la spécialité du tout-terrain à travers Land Rover.

La parenthèse BMW et la Rover 75

En 1994, le groupe BMW rachète Rover Group et entreprend une vaste opération de redressement industriel. La nouvelle Rover 75, dévoilée à Birmingham en 1998, profite de la rigueur d'ingénierie allemande tout en conservant le vocabulaire stylistique anglais : double calandre, planche de bord boisée, sièges en cuir matelassés. Saluée par la presse, elle ne suffit pas à inverser la tendance commerciale. Pour amortir les pertes, BMW choisit en 2000 de céder l'ensemble britannique et MG au consortium Phoenix Venture Holdings pour une somme symbolique, tout en conservant Mini et la nouvelle plateforme R50. La maison-mère bavaroise revend également la branche tout-terrain à Ford la même année.

2005, l'extinction de la marque

Le consortium Phoenix ne parvient pas à rétablir la rentabilité de l'ensemble. En avril 2005, MG Rover Group est placé en administration judiciaire après l'échec des négociations avec le constructeur chinois Shanghai Automotive Industry Corporation. L'usine historique de Longbridge ferme ses portes, six mille emplois disparaissent, et la marque automobile cesse toute production. Les actifs sont rachetés par Nanjing Automobile, qui relance brièvement la marque MG mais laisse l'autre s'éteindre. La propriété du nom Rover revient finalement à Ford, puis à Tata Motors en 2008 dans le cadre du rachat de Jaguar Land Rover, qui le conserve à des fins défensives sans relancer la marque. Pour situer un modèle ancien sur le marché français, la cote auto en ligne recense encore les principales générations.

Un héritage qui survit dans Land Rover

Si la marque automobile généraliste a disparu, son héritage technique survit largement à travers ses dérivés tout-terrain. Land Rover, lancée en 1948 comme une déclinaison utilitaire de la Rover P3, est devenue la marque tout-terrain de référence du groupe Tata Motors, avec une gamme allant du Defender au Range Rover. L'usine de Solihull, berceau historique du groupe, continue de produire des Land Rover et Range Rover, perpétuant l'héritage industriel des Midlands britanniques. Pour un panorama complet, le dossier Wikipedia consacré à Rover Company, l'historique Le Figaro Automobile et la base documentaire L'argus reviennent sur les générations marquantes.